C’est la rentrée ! 5 Points pour choisir son cours


Dan Bian petit

1 - « Ne te vante pas de ta technique, de la réputation de ton maître, ou de la perfection de ton style.
Le kung-fu (la maîtrise de l'art), c'est deux mots : horizontal, vertical. Une erreur : horizontal. Seul le vainqueur reste debout. »
IP Man (YE Wen en mandarin) (extrait de The Grandmaster de Wong Kar Wai)

Ne vous en laissez pas compter avec des superlatifs concernant tel ou tel maître*. Si c’est le cas, laissez la personne soliloquer, changez de trottoir et poursuivez votre recherche. Un phénomène assez étrange tout autant que répandu consiste à utiliser le terme de « maître » et de désigner ou s’auto-procamer ainsi, ce qui est littéralement abusif. (lire à ce sujet les notes de bas de page)

Qu’on vous parle de lignée, d'école, de style parfois même, c’est normal, puisque c’est comme une carte d’identification. Cela permet de se repérer et peut faire partie des présentations d'usage. Parfois, les enseignants se cachent derrière leur maître et racontent de beaux discours. Attention aux démonstrations vantardes, ou pire, de mauvais goût. Les démonstrations de force vide par exemple étant les plus connues et du niveau du numéro de foire. Un terme chinois 花拳绣腿 (huā quán xiù tuǐ) se traduisant littéralement par « poings fleuris, jambes de brocart » désigne un "spectacle d’acrobates" où la forme prévaut sur la technique. On se laisse bien souvent, en tant que débutant, abuser par ce côté séduisant. Prenez garde aussi aux discours pseudo-ésotériques.


2 - Avec de véritables et authentiques techniques de Tai Chi dedans, selon les techniques traditionnelles et ancestrales ! [PUB]

Ne vous contentez surtout pas de l’argument qui consiste à dire qu’on détient les formes originelles ou anciennes (donc un savoir soi-disant authentique). Quand ou vous dit que le style est « originel » ou « ancestral », dites-vous bien que ce qui importe, c’est la qualité de l’instructeur à vous transmettre son art et sa passion et non de vous vendre une formule commerciale avec recette à l’ancienne. Autrement dit, quelqu’un qui raisonne avec ce genre de discours creux ou pompeux ne vous apportera pas grand-chose au final, si ce n’est que de vous délester de quelques monnaies sonnantes et trébuchantes mais en échange, nous n’aurez pas grand chose.

A savoir : un enseignement soi-disant dispensant quelque chose d’originel ou d’ancien n’a pas de sens. L’art du Tai Chi n’est pas millénaire ! Les formes provenant du XVIIe siècle s’appelaient la Boxe Interne (Nei Jia Quan), et le nom de Tai Chi ne date que de… quelques 150 ans environ. Auparavant on la trouvait sous le nom des 13 tactiques. Qui peut prétendre et avoir l’orgueil d’enseigner quelque chose à la fois si ancien et si récent ?…

Accessoirement, l’habit n’ayant jamais fait le moine… Et certainement pas l’uniforme, inutile de dépenser des sommes d’argent dans des vêtements, des uniformes qu’on voudra vous faire acheter pour que tout le monde ait la même apparence. Un uniforme a une symbolique forte. Sans en connaitre le sens, mieux vaut s’abstenir. Nous sommes tous différents.


3 - Carte professionnelle, diplôme d’état, certificat d’école : osez demander à qui vous allez confier vos articulations, et votre corps en général…!

N’hésitez pas à demander à votre intrerlocuteur, peut-être futur instructeur, sa carte professionnelle d’éducateur ou d’animateur sportif. S’il ne l’a pas, demandez-lui pourquoi. En France, la carte professionnelle, délivrée par la DDCSPP, est le seul document attestant des compétences d’une personne à enseigner contre rémunération. Cela permet par la même occasion d’avoir l’assurance qu’il a 2 ou 3 notions en biomécanique, de vous garantir un minimum de sécurité durant la pratique et de ne pas vous mettre en situation inconfortable ! 

Notez bien :

1 - Etre professionnel du corps médical (kiné, médecin ou autre…) n’est pas un sésame, loin de là. Et même avoir une spécialisation en médecine du sport ne dispense pas d’un diplôme d’animateur sportif ! Le Tai Chi, comme le Qi Gong, dépend du ministère des Sports et non de la Santé, comme en Chine au demeurant.
2 - Les qualités pédagogiques ne sont pas inclus d’office nonobstant l’obtention de la carte professionnelle. Peut-être est-il pro mais manque de pédagogie.

Néanmoins, sans avoir passé de diplômes reconnus d’état, des instructeurs sont très compétents et/ou pédagogues, aussi, est-il bon de creuser leur parcours. Ont-ils un diplôme d’école, quelle école, quelle réputation, est-elle reconnue accessoirement par une fédération… N’hésitez pas à demander des précisions. Peut-être sont-ils bénévoles, en cours de formation… Posez des questions et soyez curieux. Vous allez confier votre corps et vos articulations… Si les points 1 ou 2 ressortent, poussez vos investigations plus loin et cherchez quelqu’un d’autre.

Plus d’infos sur le site du ministère des Sports


4 - Le Tai Chi est un art martial dit interne (art d’esquive et de contre-attaque).
Il a également une dimension non négligeable sur la santé (selon plusieurs études disponibles sur ce site)

Et non, «martial » n’est pas un gros mot ! Ne serait-ce qu’éthymologiquement. Le Tai Chi Quan (Taiji Quan 太极拳) se traduit par la Boxe (le poing) du Tai Chi (diagramme représentant le principe Yin-Yang). Je le traduis de manière adaptative par le poing du Perpétuel Changement. Pour justifier cette traductionil faut entrer dans la pensée philosophique chinoise un peu plus en profondeur, ce qui n’est pas le sujet ici.

« Martial » vient du latin martialis qui veut dire « relatif à Mars », Dieu de la Guerre. Par extension, l’armée et l’esprit militaire. Or, c’est bien dans ce domaine qu’étaient enseignés fin XIXe et début XXe siècle ces disciplines, dont le Tai Chi Chuan.

Cet art martial implique plusieurs aspects : la forme à mains nues et les applications martiales, la forme des armes (traditionnellement la lance, le sabre, l’épée), San Shou (le combat libre), Tui Shou (la poussée des mains avec partenaires), Nei Gong (travail interne pour les pratiquants les plus avancés et expérimentés), la philosophie et les connaissances sur quelques aspects de la culture chinoise, des techniques de Dao Yin, parfois de Qi Gong. 

Optez pour un enseignant pouvant vous apporter ces différents aspects et non seulement la forme courante à mains nues, même si l’aspect combat ne vous intéresse pas de prime abord. Au moins vous aurez un enseignant avec un corpus vaste et complet. 

Si vous recherchez l’aspect capital santé en priorité, recherchez donc également un instructeur qui pourra répondre à votre demande, un qui aura à la fois les connaissances élémentaires de l’art martial ainsi que les compétences pour enseigner selon le point 3 que vous aurez éclairci et identifié.


5 - Sur Internet, y’a tout ce qu’il faut, pourquoi prendre un prof ? Je peux rester chez moi pour pratiquer en regardant des videos et en imitant ce que je vois, ou sinon je peux faire des cours gratuits un peu partout pour apprendre des trucs…

Si vous en êtes là, mieux vaut faire du tricot (pardon à tous les passionné(e)s et artistes de l’aiguille, du point jersey, de riz et autres céréales, n’y voyez aucune offense).

Internet est une ressource gigantesque à titre consultatif (voir point 2 par exemple pour rechercher des infos sur une école), pas éducatif. Cela ne remplacera jamais un enseignant. Un instructeur se forme et continue de se former toute sa vie : c’est du temps, de l’argent, des déplacements, de la fatigue et des remises en question, etc. Au final cela n’a pas (plus) de prix. En échange de cette expérience, vous recevez un enseignement. 

Si c’est gratuit, c’est vous le produit. Les cours gratuits dispensés ici où là ne le sont pas pour tout le monde ! Comme pour tout processus commercial, ce sont des actes, intentionnels ou masqués, à visée promotionnelle. Quand c’est dans un cadre événementiel ponctuel, c’est positif, car ces évènements alimentent la vie culturelle et sociale de la cité ; quand cette action devient répétitive et régulière, c’est déjà plus suspect. 

Étudiez, comparez, et restez vigilant. Une fois que vous pensez être sur la bonne voie, creusez, creusez, jusqu’à ce que vous trouviez de l’eau. Autrement dit, ne papillonnez pas en piquant un cours par ici, en allant en faire un par là… Ou encore : oh  c’est gratuit, on peut faire une dégustation… mais on n'y mangera pas à sa faim. Gratuit n’existe pas. Ne jouez pas au radin pour une poignée d’euros ou une paire de kilomètres à économiser !  


Conclusion :  Trouvez un bon instructeur. Celui qui vous conviendra et qui vous fera évoluer. Il faut se sentir à l’aise avec le groupe de pratiquants. Soyez rigoureux, mais non rigide, souple mais non laxiste ni mou. N’oubliez pas non plus que n'être qu'un consommateur ne vous fera pas progresser, bien au contraire. Soyez conso-acteur ! Apportez votre "sac de riz" à votre instructeur (manière chinoise de dire que vous payez votre instrucuter pour le nourrir, et en retour il vous nourrira par son enseignement) d’une part ; et d’autre part soyez acteur de votre pratique : PRATIQUEZ chaque jour (un peu) en toute humilité**.
Et surtout : cheminez sur votre voie, prenez du plaisir à découvrir avec le regard toujours nouveau du débutant ou de l’enfant***.


Bruno Degaille
Instructeur Supérieur (niveau 6 Practical Tai Chi Chuan International)


* maître en chinois a un sens semblable au nôtre dans l’esprit du compagnonnage.师傅 ou 师父 Sifu en cantonais ou Shifu en pinyin (chinois mandarin) désigne littéralement :
师 une personne habile dans une profession, un enseignant, un modèle ou un exemple, c’est aussi un terme de respect désignant un moine ou une nonne dans le bouddhisme.
傅 instructeur, enseignant et si l’on écrit avec 父 le père.
L’ensemble donne, selon le dictionnaire du Grand Ricci :
1 - Maître, professeur
2 - Précepteur de l’empereur
3 - Maître comme appellation honorifique des moines et des nonnes (bouddhisme)
4 - Appellation de respect pour un artisan (passé maître en son art)

Sa faire appeler maître est donc lourd de sens, et de respect. Ce terme doit donc ne pas être galvaudé et utilisé à tort et à travers.
L’illustration ci-dessus du célèbre panda étant justement pour rappeler qu’il est bon de ne pas se prendre trop au sérieux…

**humilité, humilitas, de  humus : terre

***une autre manière d’écrire maître est 子 comme 孔夫子 Confucius ou 庄子 Zhuang Zi (Tchouang-tseu) ou encore 老子 Lao Zi (Lao-tseu).Ce caractère désigne en premier lieu l’enfant qui ne sait pas encore marcher, le nouveau-né dans ses langes. Ainsi, un maître doit être comme un enfant devant le savoir et rester ouvert à l’apprentissage toute sa vie, avec l’émerveillement et l’étonnement toujours renouvelé de l’enfant.

© WUJI 2014